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CHISTRÉ
(Propriété privée)

Le voyageur qui chemine sur la route de Châtellerault à Chauvigny voit se profiler sur la hauteur, à un détour de la route, la silhouette d'une gracieuse demeure renaissance, reconstitution d'un manoir illustre, dont les origines se perdent dans la nuit des temps.
 
La forme la plus ancienne du nom, "Villae Chistriacus", laisse supposer que ce coteau, point stratégique admirablement situé sur la vallée de la Vienne, couloir naturel entre les plaines septentrionales et le bassin aquitain, avait déjà été choisi par les Gallo-Romains pour y édifier un de leurs castellas, si nombreux dans cette région.


chitre-chateau-sitecopieXème siècle : Fief de Chistré

Cité dès le milieu du Xème siècle, Chistré a donné son nom à une vieille famille d'ancienne noblesse féodale, que l'on trouve fréquemment mentionnée dans les cartulaires de Saint-Cyprien, de Saint-Hilaire et de Nouaillé. Cette famille occupait une très haute position parmi la chevalerie poitevine. Le dernier des Chistré périt en 1356 à la bataille de Poitiers (ou Maupertuis) où Jean II fut battu et conduit à Londres par le prince noir. Il fut enseveli dans la chapelle des Cordeliers à Poitiers.
 
Chitré, qui était alors une forteresse, fut confié par les Anglais à Hugues le Bœuf, fils de Jean le Bœuf et de Jeanne de Chistré, qui avait pris le parti d'Edouard III, roi d'Angleterre. Il y installa alors une garnison anglaise qui saccageait, brûlait, rançonnait tout ce qui lui tombait sous la main. Contre tant de vexations, le pays se révolta et après la prise de Poitiers en 1372, les habitants demandèrent au duc de Bourbon de chasser de la tour de Chitré, la forte garnison anglaise qui s'y trouvait.
 
Chitré est décrit ainsi : « Ce château, tel qu'il se compose, a une chapelle, les cours, jardins, aisances, bâtiments de la métairie, fuye, contenant le tout environ vingt-quatre boisselées de terre... et les bâtiments d'église et aisances d'une chapelle appelée prieuré de Saint-Laurent de Chitré. Le tout fermé de murailles tout autour ».

Chitré était nommé "fief de Jeanne de Chitré" et dépendait de la Châtellenie de Chauvigny.

Il est ainsi présenté :
  • la tour de Chitré et l'hébergement avec ses appartenances, avec toute justice haute et basse en la terre de Chitré, de Savigny, de Ribes, de Vouneuil, et en terroir de Chitré et en certains lieux à Prinçay et à Availles
  • son moulin et son écluse sur la Vienne, avec la pêcherie, les écluses, les bouchaux et les rivières de ladite eau appartenant à elle et à ceux qui les tiennent d'elle
  • ses terres, ses coutures et les arbres qui y croissent, son clos et plusieurs vignes et le colombier et plusieurs autres terres et vignes, en terroir ou en terroirs susdits
  • son charrau et le colombier et les landes appartenant à ce charrau et les bois Guillaume, le bois de la Main-Ferme, les pâturages et les garennes à grosses bêtes et à menues à la maison de la Vau
  • tous ses prés à Chitré, Savigny, de part et d'autre de la Vienne, l'étang de Savigny et appartenances de cet étang
  • toutes les choses qu'elle a à Vangueil, de la paroisse d'Archigny, et d'Availle, de Prinçay, de Saint-Cerdre, de Vouneuil, soit en terres, en vignes, en prés, en bois, en cens, en maisons, en rentes, en chapons, en gelines, en dîmes, en terrages, en terroirs ou autres choses
  • toutes les choses que ses hommes coutumiers tiennent d'elle, en vignes, maisons ou autres choses.

XIVème siècle : Bertrand du Guesclin

chitre-chateau1-siteC'est le connétable Bertrand du Guesclin qui dirigeât l'expédition et donna en 1372 le fort de Chitré à un de ses lieutenants les plus méritants, Jean de Kerlouet, donation confirmée par le roi Charles V. Ce dernier mourut quatre ans plus tard glorieusement, au cours du siège de Niort.
 
A la mort de Jean de Kerlouet, en 1376, le roi de France donna Chitré à Bertrand du Guesclin qui le conserva jusqu'en 1378, date à laquelle il en fut dépossédé à la suite de son refus d'approuver la confiscation du duché de Bretagne par le roi de France.
 
En six ans, Chitré changeât cinq fois de propriétaire pour aboutir, en 1378, entre les mains de Pierre de Vieux bourg qui le cédât la même année à Guy Turpin de Crissé. Cette famille conserva Chitré pendant près de cinq cents ans.


Chitré est remis en état et redevient une des principales places fortes de la région.

XVIème siècle : Tiercelin de la Roche du Maine

Endommagé pendant la guerre de Cent-ans, la forteresse fut reconstruite, vers le milieu du XIVème siècle, par Charles TIERCELIN de la ROCHE du MAINE. Au début du XVI ème siècle, la fille ainée de Jacques Turpin épouse Charles Tiercelin de la Roche du Maine, un des grands capitaines de François 1er.
 
"Tiercelin de la Roche du Maine est présent à Chitré en 1528, pour l'établissement de l'acte de partage du 27 octobre par lequel les seigneurs de Monthoiron cèdent au sires de Chitré les droits :

  • de moulin banal, faisant farine sur la rivière la Vienne, avec écluse barrant la rivière,
  • de la pêche avec toutes sortes d'engins,
  • de port et de passage au dessus dudit moulin, appelé le moulin de Chistré,
  • de chasse à grandes et menues bêtes dans toute l'étendue des bois, brandes et terres de ladite châtellenie."
Attardons nous un peu sur celui que l'histoire a surnommé à juste titre : « Le grand La Roche du Maine », un des grands capitaines de François 1er. Dès son plus jeune âge, il se voua au métier des armes. Homme énergique et volontaire, d'une loyauté à toute épreuve, soldat dans toute l'acceptation du mot, La Roche du Maine passa la plus grande partie de sa vie dans les camps et fut un des principaux conseillers de François 1er.
 
Homme libre dans ses allures comme dans ses paroles, n'épargnant personne quand il voyait quelque chose de répréhensible, l'esprit sans cesse en éveil, il jetait parfois de ces mots à l'emporte pièce qui frappaient comme des flèches acérées. Sa devise était : « vaincre ou mourir, rien d'impossible ».
 
Fait prisonnier à Pavie avec François 1er, Charles Tiercelin, aussitôt sa libération, c'est-à-dire vers 1526, prit part à la campagne d'Espagne et vint ensuite prendre un repos bien gagné dans son manoir de Chitré. Repos ne signifiant pas pour lui oisiveté, il commença à attirer à lui les artistes de la Loire qui venaient de construire les châteaux d'Oyron et de Dissay et leur fit construire les châteaux de la Roche du Maine et de Chitré.
 
François 1er, qui aimait particulièrement la ville de Châtellerault, vint à Chitré assez fréquemment. L'histoire ne mentionne que le séjour qu'il fit du 12 au 14 juin 1541, en compagnie de ses ministres et de ses secrétaires. De superbes fêtes y furent données par le vieux La Roche du Maine, heureux et fier de recevoir son roi.


Fin de XVIème siècle

François Charpentier mettait la dernière main aux manoirs de la Roche du Maine et de Chitré : « La Roche du Maine et Chitré étaient (les châteaux) les mieux bâtis de la province où en plusieurs endroits on voit le noble et généreux chevalier de Tiercelin de la Roche du Maine en figure de marbre tenant sous ses pieds un géant ».
 
C'est dans son manoir de Chitré que le vieux Tiercelin finit ses jours à l'âge de 85 ans. Son fils, Charles, sera tué en 1587 à la bataille de Coutras aux côtés du roi Henri IV qui remporta une éclatante victoire sur les « ligueurs » commandés par le duc de Joyeuse.
 
Chitré, après avoir été longtemps la résidence d'une noble famille, était tombé au pouvoir du sire Tiercelet, qui possédait tous les instincts d'un oiseau de proie. Il faisait regretter son bon vieux frère, mort quelques années auparavant, qui laissait pour héritier Louis.
 
Les Anglais cherchaient à étendre leurs conquêtes tant par la guerre que par traîtresses négociations. C'est pourquoi Pierre Mygnotte, veuf, d'origine anglaise mais marié en France, était venu sonder la fidélité du seigneur de Chitré accompagné de sa fille Pierrette qui inspira un amour profond à Louis. Une légende est née 'le trou au serpent".


XVIIIème siècle

Sa descendance continua à servir la France et on retrouve Charles-Gabriel René Tiercelin d'Appelvoisin, marquis de La Roche du Maine, commandant la compagnie des chevaux légers de la garde du roi lors du sacre de Louis XVI à Reims. Chevalier de Saint Louis, élevé au grade de brigadier de cavalerie en 1780, il devint maréchal de camp. Accusé d'avoir entretenu des correspondances avec les émigrés et de se laisser encore appeler « Monseigneur », il fut guillotiné à Paris le 5 juillet 1794.
 
Ses deux filles se marièrent en 1795, l'aînée avec le marquis de Verteillac et la cadette avec le comte de Saint Sernin à qui, à la levée des confiscations, revint à Chitré. Celui-ci n'est plus alors la splendide résidence du XVI ème siècle. A la mort du comte de Saint Sernin, c'est son gendre, le duc du Crozer qui en hérite.
 
Que de transformations depuis cette motte fortifiée du moyen âge jusqu'à la somptueuse résidence des Tiercelin de La Roche du Maine. Usées et minées, ces vieilles murailles avaient conservé un certain air quasi-mystérieux et farouche jusqu'à la révolution ; 1793 ne les épargna point : le pillage et l'incendie en firent une ruine et les habitants du voisinage se mirent à exploiter, comme dans une carrière, les belles pierres des tours et des murailles et Chitré aurait sans doute fini par disparaître entièrement, si sa bonne étoile ne l'avait fait tomber entre les mains d'Edmond Treuile qui l'achète en 1855.


XIXème siècle : Raoul TREUILLE restaure Chitré

raoul treuilleC'est son fils, Raoul, qui entreprit la restauration de Chitré à partir du printemps 1878, en respectant le style Renaissance. Les travaux s'achevèrent en septembre 1880. Les meilleurs sculpteurs de l'école tourangelle furent chargés de l'ornementation. Chitré offre maintenant, en plan, un parallélogramme allongé de 40 mètres de façade, terminé à gauche par un donjon flanqué de trois tours rondes et surmonté d'une quatrième, carrée, qui domine tout le pays. La tour couronnée et demi rasée, attenant à la porte d'entrée, sur la gauche de la cour, est le dernier vestige du vieux château fort construit après un incendie en 1246 .
 
Dans le parc de Chitré, près du château, on trouve la villa Saint-Edmond, construite en 1910 pour Edmond Treuille.


XXème siècle : Que de confort au château !

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En 1930, La vicomtesse Delestrange, cousine d'Antoine de Saint-Exupéry, hérite du domaine réunissant le Château de Chitré et son moulin. Des réceptions fastueuses y sont données qui comptent parmi les invités André Gide, François Mauriac et bien sûr Antoine de Saint Exupéry, avec déjà pour l'époque le "confort moderne" sur le Château : éclairage, eau courante et glace.

 
 
 
 
 
Chitré est une propriété privée, le château ne se visite pas.