En poursuivant votre navigation, vous acceptez l'utilisation de cookies qui permettent le bon fonctionnement de notre site et de ses services. En savoir plus...

Retour Accueil
French English German Spanish
Février 2017
L Ma Me J V S D
1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28

LE VILLAGE DANS LA TOURMENTE
Guerre de 39 - 45
 
D'après un texte de Michel GAUDIN (né en 1930)


2 septembre 1939 : Déclaration de la guerre
mobilisation generale"Le tocsin a sonné longuement pour annoncer la gravité des évènements. Tous les hommes de la commune sont venus consulter l'affiche de la mobilisation générale et au bout de quelques jours, il ne restait plus que des adolescents et des hommes de plus de cinquante ans.
Les battages étaient juste finis et les vendanges n'étaient pas commencées. Les hommes mobilisés sont venus en permission de détente pour Noël ou pour le Nouvel An. Ensuite, la plupart d'entre eux ne sont revenus qu'en 1945, ils étaient prisonniers de guerre en Allemagne."


21 juin 1940 : L'Occupation

"Les allemands sont arrivés dans le bourg de Vouneuil. En un clin d'œil, la place de Vouneuil était pleine de véhicules blindés tout terrain de l'armée allemande. Des Volkswagen, dont certains étaient amphibies, et des sidecars parcouraient les rues du bourg pour s'assurer qu'il n'y avait pas de résistance, ni de soldats français. Ensuite, ils ont fait venir le Maire, Monsieur Georges BILLARD. Ils sont entrés à la Mairie, où ils ont enlevé le drapeau français et l'on remplacé par le drapeau à croix gammée. A partir de ce moment là, nous avons compris que c'était la fin de toutes les libertés. Mais le lendemain, il fallait loger toute la compagnie et les Officiers."


La Kommandantur

kommandantur"Pour les hommes de troupe, ils ont réquisitionné les deux classes de l'école de garçons et ont entreposé les tables de classe sous le préau. Quant aux Officiers, ils ont trouvé que la maison de Monsieur THOMAS (Mairie actuelle) leur convenait pour en faire la Kommandantur. Le drapeau à croix gammée a flotté au balcon de la maison pendant plusieurs années. Le portail était surveillé par une sentinelle dans une guérite noire, blanche et rouge.

Le poste de garde était à l'emplacement de l'ancienne Caisse d'Épargne (rue de la poste).

La maison située au carrefour de la place de la Libération (n°36) et de la rue Georges BRASSENS, rue du pont était la cuisine et l'abattoir et fournissait les repas de la compagnie. Au bout d'un mois, le sang et l'eau de vaisselle se répandaient au bord de la route du cimetière, l'odeur était insupportable. Le Maire fit creuser un puisard pour absorber ces déchets. Cette œuvre de 3 mètres de profondeur et de 2 mètres de diamètre fut réalisée en pierre sèche par un Vouneuillois Maurice DESHOULIERES. Ce puisard doit toujours exister au bord de la route.
Monsieur THOMAS, veuf a eu droit à une chambre côté cour et une salle à manger. La bonne de ce dernier, Madame Berthe PLAUD (tante de Monsieur MEUNIER) eu droit à une chambre mansardée. Ils devaient partager la cuisine avec les ordonnances des officiers allemands.

Les officiers et les sous-officiers ont été logés chez les habitants où avaient été réquisitionnées les chambres vides..."

Rentrée 1940

"Lorsque le mois d'octobre est arrivé, il n'y avait pas de salles pour faire classe. Le CP et CE1 ont été à l'école des filles, les CE2, CM1, CM2 et fin d'étude ont du faire classe à la salle de justice de paix. Il n'était pas facile de faire classe avec ces conditions. Le dos à la clarté avec la lumière électrique de l'époque, des ampoules de faible intensité que l'on devait allumer toute la journée. De plus, nous étions à l'heure allemande, c'est-à-dire deux heures de décalage par rapport à l'heure que nous avions auparavant."

Hiver 40 - 41

"L'hiver s'est passé avec les restrictions, les tickets de ravitaillement, la ticket painpénurie de marchandises dans tous les domaines.

Il y avait le couvre feu à 22 heures et la patrouille arpentait les rues du village toutes les deux heures."

Printemps 1941

"Le dimanche matin, sur la place, des soldats allemands musiciens venaient de Châtellerault pour donner un concert de musique classique afin de distraire les troupes. A part quelques « collabos », personne ne les applaudissait.

A Vouneuil, tout le monde élevait des poules ou des lapins afin de pouvoir se nourrir. Pour le pain, c'était les tickets, mais les cultivateurs apportaient du blé à la boulangerie et on avait droit à des suppléments de pain.

Les allemands réquisitionnaient des vaches, des porcs, des pommes de terre et ils payaient avec un « papier à croix gammée » avec lequel il fallait aller à Châtellerault à la Kommandantur pour récupérer quelques Deutsche Mark en paiement...

Comme il n'y avait pas d'huile pour la salade, l'hiver on curait les noix entre voisins. Mais lorsque les Vouneuillois rentraient après le couvre feu, ils le faisaient entre deux passages de la patrouille. Sinon, celui qui se faisait prendre avait droit à une nuit au poste de garde et le lendemain, il était relâché après avoir été interrogé à la Kommandantur sur sa promenade "nocturne"."

Eté 1941

"Au cours de l'été, les soldats allemands cantonnés à Vouneuil sont partis sur le front russe et nous avons récupéré les deux classes de l'école des garçons."

Hiver 41 – 42

"L'hiver s'est passé dans le calme, mais un groupe de soldats allemands était toujours stationné au village. Ils réglaient leurs mitrailleuses sous le préau et les cibles étaient contre le mur de la petite classe. Les rafales de balles à blanc duraient une partie de la matinée. A l'heure de la récréation, l'instituteur était obligé de demander aux soldats de cesser leurs tirs pour que les élèves puissent aller aux toilettes, qui étaient au bout du préau."

4 septembre 1942

Instauration du STO (Service du travail obligatoire, en Allemagne).

"Tous les garçons qui avaient 20 ans (la classe 42) sont partis travailler en Allemagne au titre de S.T.O ; seuls les cultivateurs sont restés chez eux."

Le service du travail obligatoire fut, durant l'occupation de la France par l'Allemagne nazie, la réquisition et le transfert contre leur gré vers l'Allemagne de centaines de milliers de travailleurs français, afin de participer à l'effort de guerre allemand. Les personnes réquisitionnées dans le cadre du STO étaient hébergées dans des camps de travailleurs situés sur le sol allemand. Ils ne sont rentrés à Vouneuil qu'après le 8 mai 1945.

Printemps 1943 

"Des chars de l'armée allemande nazie venaient faire des manœuvres vers Vouneuil et sur le Pinail, en passant par le bourg et la route de Chabonne. A cette époque, les rues n'étaient pas goudronnées et le lendemain, les cantonniers avaient du mal à remettre la route en état, surtout dans les virages.

doryphoreLes cultures étaient mises à mal par l'absence de produit pour tuer les doryphores. Les écoliers, garçons et filles, à partir du CM1, CM2 et fin d'études étaient obligés d'aller collecter ces insectes deux fois par semaines : le mardi et le vendredi. Certains jours, on allait jusqu'à la limite de la commune avec Cenon (belle promenade). Les parcelles étaient identifiées et l'instituteur devait mentionner le nom du propriétaire et la date de la collecte. Ensuite, les insectes étaient asphyxiés dans du crésyl et remis à la mairie. Les allemands venaient constater les quantités récoltées. Après le ramassage des insectes, on avait droit à une pause avant de rentrer. Dans notre musette, il y avait le cahier de chant, le pipeau et surtout le carnet des dates d'histoire. Et bien sur, après les chants, interrogation. Malheur à celui qui ne savait pas répondre... Nous devions copier 25 fois les bonnes réponses pour le vendredi. Le jeudi étant le jour de repos à cette époque.

L'Académie, avec le conseil des allemands, nous ont obligés à passer le certificat d'études à 14 ans. C'était le principe de la jeunesse Hitlérienne : tenir les adolescents embrigadés le plus longtemps possible. Cette année là, nous avons rajouté au programme la préhistoire et la géographie dans le monde. Cela nous a fait une distraction dans les études.

Les derniers mois de l'année se sont finis dans le calme, malgré les coupures de courant quotidiennes, surtout le soir et le diner se terminait à la lueur de la cheminée. La force motrice était réservée aux usines, qui travaillaient 24 heures sur 24 pour l'armement."

Année 1944

"En ce début d'année, on espérait voir la fin de la guerre. Les informations de « Radio-Paris » qui était en allemand, nous donnait des nouvelles, mais omettait d'annoncer le recul de l'armée allemande nazie sur tous les fronts.

Quand il y avait de l'électricité, et en cachette, on essayait de capter la radio de Londres. Malgré le brouillage des émissions, les informations étaient différentes.

Le printemps est arrivé. A l'école, on révisait le certificat d'études, ainsi que le brevet sportif qui était au programme pour obtenir le C.E.P (Certificat d'Etudes Primaires). "Le « certif' » était un diplôme sanctionnant la fin de l'enseignement primaire élémentaire en France et attestant ainsi l'acquisition des connaissances de base (écriture, lecture, calcul, histoire-géographie, sciences appliquées)." Et il y avait toujours le ramassage des doryphores."

Débarquement des Alliés en Normandie

"Juin est arrivé. Le 6, il n'y avait pas d'électricité, donc pas de radio. Mais un habitant de Bonneuil-Matours qui avait sa maison à côté de l'usine électrique avait entendu aux infos de Londres qu'un débarquement avait eu lieu en Normandie. Il s'est empressé de diffuser la nouvelle à tous ses amis, ainsi qu'à ceux de Vouneuil. Avant midi, tout le monde était informé de l'évènement. Quant à Radio-Paris, les allemands annonçaient qu'un débarquement avait bien eu lieu, mais que les Anglo-américains seraient « rejetés à la mer » dans les 48 heures.

Cette année fut parsemée de bombardements de jour, comme de nuit."

11 juin

Un dimanche soir, vers 20 heures, la gare de Châtellerault fut visée et particulièrement un train de carburant stocké sur une voie de garage. (source : La guerre aérienne dans la Vienne 1939-1945 Christian RICHARD). "L'aviation anglaise l'avait repéré et l'a bombardé. Seule la locomotive fut épargnée. La population civile fut touchée par cette attaque. Plusieurs immeubles furent atteints et incendiés. Il y eu onze morts et trois blessés. Parmi eux, le droguiste de Châtellerault, Monsieur POIRIER, mortellement blessé par un éclat de wagon. Au moment de l'impact de la bombe, il était dans son jardin à proximité des voies de chemin de fer. " Le commissaire de police quant à lui, fut tué devant sa maison. "A Vouneuil, nous avons vu les explosions qui ont illuminé le ciel jusqu'à une heure avancée de la nuit."

Nuit du 12 au 13 juin, bombardement stratégique de la gare de Poitiers. "Mais à une trentaine de kilomètres, on ne craignait rien. Le ciel s'est éclairé toute la nuit."

Dans la nuit du 15 au 16 juin, "vers 1 heure du matin, nous avons été réveillés par un ronronnement d'avions qui survolaient le ciel de Cenon à Vouneuil. Nous avons eu peur et nous avons quitté les habitations, en direction de la route de Chabonne, en laissant les fenêtres ouvertes et en emportant « la petite valise » qui contenait les objets précieux et quelques vêtements.

En peu de temps, tous les habitants du bourg étaient rassemblés dans le fossé du Pinail qui était à sec. Cela nous servait de tranchée, comme en 14. A peine installés, les avions sont partis en direction de la forêt de Châtellerault, où un dépôt de carburant stocké par les allemands a été bombardé. " Ainsi, le dépôt de Châtellerault a reçu un total de 492 bombes. Le dépôt de carburant fut détruit, mais il y eût des dégâts et des victimes dans les quartiers de Châteauneuf, proches de l'objectif (source : La guerre aérienne dans la Vienne 1939-1945 Christian RICHARD).

"Les explosions se sont succédées toute la nuit, mais nous avons tout de même regagné nos maisons, essayé de poursuivre notre nuit en essayant de trouver le sommeil. A la suite de la destruction du dépôt de munitions, les allemands en colère, ont pris des otages à Châtellerault.

Mais peu de temps après, vers 1 heure du matin, des bombardiers en grand nombre survolaient le ciel au-dessus du village. La nuit était claire, on distinguait les avions qui lançaient des fusées éclairantes de couleur jaune. Nous avions très peur et en courant, tous les habitants du bourg se sont rassemblés, comme à l'habitude dans le fossé du Pinail. Après plus de 40 minutes, une fusée de couleur rouge est apparue ; c'était le signal de l'attaque. L'objectif à atteindre était la Manufacture d'Armes de Châtellerault. Comme la nuit était claire, les rails de la voie de chemin de fer brillaient et les pilotes les ont confondus avec la rivière ; c'est le boulevard d'Estrées qui a été touché. Les avions sont repartis et nous avons regagné nos habitations.

Devant l'ampleur des évènements, la date du certificat d'études avait été avancée. Le mois de juin s'est poursuivi, avec des attaques de l'aviation anglaise sur les convois de munitions, qui partaient vers La Rochelle et Royan. A Vouneuil, on entendait le crépitement des mitrailleuses presque tous les jours. Dans le bourg, il y avait quelques allemands au poste de garde, mais au Château du Fou, une compagnie de soldats occupait les lieux.

Quelques fois, les avions alliés lâchaient des tracts invitant à saboter le matériel de guerre des allemands."

2 août 1944 : Bombardement du Château du FOU

thumbs chateau-le-fou-apbombardement3"On avait l'habitude d'entendre les avions faire leurs attaques et on y faisait plus attention.

Mais un soir d'août, vers 19 heures, je rentrais du jardin pour aller diner et des avions survolaient à basse altitude la crête au dessus de Montgamé. L'un d'entre eux s'est détaché de l'escadrille et a lâché « 5 paquets ». Je croyais que c'était des tracts, mais au bout de quelques secondes, c'était des explosions... Le Château du Fou était bombardé. Les avions après avoir lâché leurs bombes survolaient le bourg de Vouneuil. Tout le monde avait peur et on ne savait plus où se mettre à l'abri. La sentinelle du poste de garde se cachait derrière le mur du jardin de Mademoiselle ROBERT et le soldat tremblait à chaque passage d'avion.

Le château du Fou a été partiellement détruit et la compagnie de soldats allemands a été ensevelie sous les décombres. Les ambulances et les camions ont circulé toute la nuit pour évacuer les blessés en direction de Châtellerault.

Le lendemain, imprudents que nous étions, avec mes camarades, nous sommes allés voir si nos copains d'école n'étaient pas blessés. Un au Bas Village, l'autre à Chantemerle, aucun des deux n'était estropié. Dans les champs, on voyait les trous des bombes. Deux personnes employées à la ferme du château ont trouvé la mort dans l'effondrement de leur maison. En revenant dans le chemin qui mène à Préfoué, il y avait sous une couverture le cadavre d'un soldat allemand. Il n'avait plus qu'une botte. Son corps avait été déchiqueté par une rafale de mitrailleuse. Nous avons vu les allemands chercher les soldats ensevelis sous les décombres du château.

Une bombe incendiaire était tombée sur la maison des COURTOIS. Il n'y avait pas de blessé car tout le monde avait fuit dans les bois dès la première explosion. Le Marquis de CAMPAGNE, propriétaire du château a relogé la famille COURTOIS dans des dépendances.

Le Maire, Georges BILLARD a organisé une collecte. Vêtements, couvertures, vaisselles, etc. ont été récoltés, permettant à cette famille de vivre dignement. Madame COURTOIS vivait avec sa fille, ses deux fils étaient prisonniers de guerre en Allemagne.

Après avoir récupéré leurs morts dans les décombres et les munitions entreposées dans les souterrains à proximité du château, les allemands sont partis de Vouneuil. Il ne restait plus que les « vestiges » de la Kommandantur et du poste de garde."

La résistance

"Les F.F.I (Forces françaises de l'intérieur) multipliaient les sabotages. C'est ainsi qu'ils sont venus faire sauter le petit pont de Rudepaire qui enjambe le fossé de Chabonne (coupant la CD1) et entrepris de détériorer le pont de Vouneuil sur la Vienne.

Août 44, entre 12 H et 13 H 30, les F.F.I après avoir prévenu les habitants d'ouvrir les portes et les fenêtres afin de préserver les vitres, ont fait plusieurs orifices à l'aide d'une barre à mines et ont posé des détonateurs et une charge d'explosif au niveau de la première arche, côté bourg. Ce qui a produit une petite explosion rendant le pont inutilisable aux véhicules.

Le but était de retarder le retrait des troupes allemandes qui se repliaient vers le centre de la France.

Au cours de l'après-midi, un habitant a voulu passer sur le pont avec son véhicule et a bouché le trou que l'explosion avait provoqué. Mais les F.F.I qui n'étaient pas loin ont obligé ce dernier à déboucher le trou sous la menace de leurs fusils. Je revois encore l'homme, rouge de colère, jetant les gravats par-dessus le parapet du pont..."

Replis de l'armée allemande nazie

"Un matin, les allemands venant de Vendée et des Deux-Sèvres sont arrivés à Vouneuil. Ne pouvant traverser le pont, ces derniers en colère, ont pris le Maire, Georges BILLLARD en otage et voulaient le fusiller, car ils le rendaient responsable des dégradations du pont. Ils ont fait sonner le tocsin afin de faire venir les hommes qui se trouvaient dans le bourg. Au fur et à mesure qu'ils arrivaient, ils étaient entassés dans la cour dans l'ancienne Mairie le dos au mur devant des batteries de mitrailleuses...La frayeur se lisait sur les visages. Pendant ce temps et toute la matinée, des soldats, baïonnette au canon, ont fouillé toutes les maisons du bourg à la recherche d'armes ou de munitions, mettant le désordre dans les placards et les armoires, soulevant les paillasses avec leur baïonnette. Heureusement, rien ne fut trouvé et vers 15 heures, ils ont relâché les otages.

Les allemands voyant qu'ils ne pourraient passer le pont détérioré, ont décidé de prendre des bicyclettes pour fuir. Pour cela, ils ont parcouru l'ensemble des hameaux de la commune et en ont trouvé 300, ainsi qu'une barrique de vin.

Les roues des vélos ont été gonflées, les freins réglés et la barrique de vin a été « mise en chantier » sur le bord de la route devant le poste de garde. En peu de temps, les soldats l'ont vidé. Bien entendu, ils étaient dans un état d'ébriété avancé et il valait mieux ne pas être dans leur passage. Dans le courant de la soirée, ils ont décidé de ne garder qu'une tenue et leur fusil pour faire la route. Tout le reste de leur paquetage a été déposé près du mur de l'église, arrosé d'essence. Tout a brulé une partie de la nuit et les flammes atteignaient les dalles de l'édifice...

Le lendemain matin, vers 8 heures, par vague de trente, les allemands sont partis de Vouneuil en direction de Monthoiron, pour rejoindre La Roche Posay. Cherchant ces soldats depuis plusieurs jours, l'aviation anglaise les trouvant enfin, les mitrailla tout le long de la route et dans les bois. De nombreuses bicyclettes ensanglantées gisaient dans les fossés."

31 août 1944 : La libération

"Après ce grand départ, le village était libéré des occupants. A Châtellerault, il y avait encore un régiment d'allemands et le général avait l'ordre de faire sauter le pont Henri IV. Le sous-préfet à l'époque a réussi à convaincre les chefs de l'armée allemande que de faire sauter ce pont ne servirait à rien.

Le mois de septembre est arrivé, on retrouvait les libertés. Malgré les rationnements, l'hiver est passé avec l'espoir de voir la fin de la guerre."

Avril 1945

"Le premier qui est arrivé à Vouneuil était Monsieur Étienne GAUDIN, le 7 avril 1945 avec quelques camarades, il s'est évadé des camps allemands pour rejoindre le front américain tout proche. D'autres prisonniers sont arrivés le 8 mai et au cours des mois suivants."

8 mai 1945 : armistice dans la zone Europe

"Après l'annonce de l'Armistice, tous les habitants de la commune sont venus dans le bourg pour sonner les cloches de l'église Saint Etienne. Le tintement résonna toute la journée. Ce jour, un deuxième prisonnier de guerre est arrivé. C'était Monsieur Daniel MARTIN, négociant en fruits et légumes.

Certains, libérés par l'armée russe, sont revenus après le 15 août 1945, via le port d'Odessa (ville portuaire d'Ukraine, sur la mer Noire).

Les soldats de l'armée française sont passés à Vouneuil. Ils se dirigeaient vers le sud de la France : ils n'avaient pas de chef et pas de ravitaillement. Ils ont fait « le plein » de conserves pour pouvoir subsister et j'emplissais leurs bidons de vin. Ma mère tenait une épicerie et elle leur demandait des nouvelles du régiment de mon père, mais ils étaient incapables d'en avoir. Les soldats avaient abandonné une automitrailleuse de marque Panhard qui était désarmée au coin de la route de Cenon avec laquelle, mes camarades et moi même nous nous y amusions.

La guerre étant terminée, la vie a repris à Vouneuil et ce, malgré le manque de ravitaillement. Les tickets ont existé jusqu'en 1947.

Voilà ce qui a été vécu en 39 - 45 par un habitant de Vouneuil sur Vienne, Monsieur Michel GAUDIN (de l'âge de 9 à 14 ans)."